Par Dr Adrien Salles Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Mis à jour le

CBD et conduite : ce que dit la loi et la jurisprudence en 2026

CBD et conduite : ce que dit la loi et la jurisprudence en 2026

Dernière mise à jour : mai 2026

Vendu librement en France dans les boutiques spécialisées, en pharmacie et même dans les bureaux de tabac depuis 2022, le cannabidiol (CBD) est légalement consommé par plusieurs centaines de milliers de Français — pour ses effets relaxants supposés, comme aide au sommeil ou contre l'anxiété. Mais une question dérange : peut-on conduire après en avoir consommé ? La réponse de la Cour de cassation, confirmée et durcie par la loi du 9 juillet 2025, est sans appel : non, c'est un délit, même si le produit est légal.

Le paradoxe : produit légal, conduite interdite

Le CBD est un cannabinoïde non psychoactif extrait du chanvre. Sa commercialisation a été progressivement consolidée en France après l'arrêt CJUE Kanavape du 19 novembre 2020 (qui interdit aux États membres d'entraver la libre circulation du CBD légalement produit dans un autre État de l'UE), puis confirmée par la décision du Conseil d'État du 29 décembre 2022 (n° 444887) qui annule la prohibition de la vente des fleurs et feuilles de chanvre. L'arrêté du 30 décembre 2021 fixe à 0,3 % de THC la teneur maximale autorisée dans les produits dérivés du chanvre.

Le problème : même un produit conforme à cette limite contient des traces de THC (Δ9-tétrahydrocannabinol), la molécule psychoactive du cannabis. Or l'article L. 235-1 du Code de la route punit « toute personne qui conduit un véhicule alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ».

Le THC est classé comme stupéfiant. Il n'y a aucun seuil légal d'incrimination.

La position constante de la Cour de cassation

Arrêt fondateur du 21 juin 2023

Le 21 juin 2023, la chambre criminelle de la Cour de cassation s'est prononcée pour la première fois sur le cas d'une conduite après usage de CBD. Sa décision (n° 22-85.530), publiée au bulletin, est sans ambiguïté :

« L'infraction prévue à l'article L. 235-1 du Code de la route est constituée dès lors qu'il est établi par une analyse sanguine ou salivaire que la personne a fait usage de substances classées comme stupéfiants, peu important la dose absorbée et l'origine de cette consommation. »

En clair : peu importe que le CBD soit légal, peu importe que la dose soit infime, et peu importe que le conducteur n'ait ressenti aucun effet. Dès qu'une analyse confirme la présence de THC dans son organisme, l'infraction est constituée.

Confirmations ultérieures

Cette position a été confirmée par plusieurs arrêts en 2024 et 2025. La Cour rappelle systématiquement que le seuil fixé par l'arrêté du 13 décembre 2016 (15 ng/mL pour le test salivaire de dépistage, 1 ng/mL pour l'analyse confirmatoire en laboratoire) est un seuil de détection technique, pas un seuil de tolérance juridique.

Une exception ? L'élément moral

La Cour d'appel de Rennes a, en 2024, relaxé des prévenus consommateurs de CBD au motif qu'ils ignoraient que leur produit pouvait contenir du THC détectable. Ce raisonnement, dit « défaut d'élément moral », n'a pas été repris par la Cour de cassation et reste très isolé. Il n'offre pas de protection fiable.

Notre lecture : invoquer l'ignorance reste un argument fragile, qui dépend du juge et des circonstances. La règle de prudence reste : ne pas conduire après avoir consommé du CBD, même légal.

Les sanctions encourues : alourdies par la loi du 9 juillet 2025

Depuis l'entrée en vigueur de la loi n° 2025-622 du 9 juillet 2025, les peines pour conduite après usage de stupéfiants ont été doublées :

Situation Avant le 10 juillet 2025 Depuis le 10 juillet 2025
Conduite après usage de stupéfiants (CBD inclus si THC détecté) 2 ans + 4 500 € 3 ans de prison + 9 000 € d'amende
Cumul avec un état alcoolique caractérisé 3 ans + 9 000 € 5 ans + 15 000 €
Si accident corporel Doublement Doublement
Si accident mortel (homicide routier aggravé) 10 ans + 150 000 €

À ces peines principales s'ajoutent automatiquement :

Comment se passe le contrôle

Test salivaire de dépistage

Lors d'un contrôle routier, les forces de l'ordre peuvent procéder à un test salivaire de dépistage. Si le test est positif au THC (seuil de 15 ng/mL), un second test salivaire ou une prise de sang est effectué pour confirmation et envoyé en laboratoire (seuil d'analyse confirmatoire : 1 ng/mL).

Le délai entre la consommation et la disparition du THC dans la salive varie selon la fréquence et la dose :

Le THC reste détectable dans le sang encore plus longtemps chez les consommateurs réguliers, parfois plusieurs semaines.

Refus du test

Refuser le dépistage ou la prise de sang constitue un délit autonome, puni des mêmes peines que la conduite sous stupéfiants : 3 ans + 9 000 €, suspension immédiate, etc.

Vous êtes concerné par une procédure : et après ?

Si vous avez été contrôlé positif et que votre permis a été suspendu, vous devrez :

  1. Patienter pendant la durée de suspension (sans conduire — sous peine de nouvelles sanctions).
  2. Prendre rendez-vous avec un médecin agréé par la préfecture pour une visite médicale d'aptitude. Voir notre annuaire.
  3. Effectuer des tests psychotechniques (environ 100 €).
  4. Apporter un bilan biologique : recherche de cannabis dans les urines, et selon les cas dosage du THC-COOH.
  5. Dans certains cas, fournir une attestation de suivi par un addictologue ou un centre de soins (CSAPA).

Le médecin agréé peut alors vous délivrer un avis :

Pour préparer cette visite, voir aussi notre article sur la conduite après alcool ou stupéfiants et notre guide pour contester un avis d'inaptitude.

CBD thérapeutique : une exception ?

Une expérimentation française du cannabis à usage médical est en cours depuis 2021 (initialement jusqu'à 2024, prolongée). Les patients inscrits à ce programme bénéficient d'une prescription médicale, mais ne sont pas exemptés du délit de conduite sous stupéfiants : l'article L. 235-1 ne prévoit aucune dérogation médicale.

L'Assemblée nationale a été interpellée à plusieurs reprises sur ce point (question n° 5197). Le ministère de l'Intérieur a confirmé qu'aucune dérogation n'est envisagée à ce jour, même pour les patients sous traitement.

Conséquence : un patient sous cannabis thérapeutique qui prend le volant est, en l'état du droit, exposé aux mêmes sanctions qu'un consommateur récréatif.

Ce qu'il faut retenir

En cas de doute, abstenez-vous de conduire. Le délai entre consommation et disparition du THC est imprévisible, et la moindre trace suffit à constituer l'infraction.


Sources