Conduite et maladies cardiovasculaires : ce que dit la réglementation
Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permis — Classe I (cardiovasculaire).
Une pathologie cardiaque ne signifie pas forcément la fin du permis de conduire. Mais elle peut imposer une période d'arrêt temporaire, une surveillance renforcée, ou dans certains cas, une incompatibilité définitive. L'arrêté du 28 mars 2022 fixe les critères précis pour chaque affection cardiovasculaire.
Le principe : évaluer le risque d'incapacité subite au volant
Ce qui intéresse le médecin agréé, ce n'est pas votre pathologie en tant que telle, mais le risque qu'elle entraîne une incapacité subite au volant : syncope, arythmie grave, ischémie aiguë. C'est ce risque, et non la maladie elle-même, qui conditionne l'avis d'aptitude.
Deux groupes de conducteurs sont distingués — les critères du groupe 2 (poids lourds, transport en commun) sont systématiquement plus stricts.
Hypertension artérielle
L'hypertension artérielle (HTA) bien contrôlée par le traitement est compatible avec la conduite. Le médecin vérifie que votre pression artérielle est stabilisée et que votre traitement ne provoque pas de somnolence ou d'hypotension orthostatique susceptible de vous faire perdre connaissance. L'arrêté vise l'HTA maligne : incompatible tant qu'elle n'est pas maîtrisée (§1.5).
Pour le groupe 2, l'incompatibilité vise l'HTA maligne ou de grade III tant qu'elle n'est pas maîtrisée par le traitement (§1.5).
Infarctus du myocarde
Après un infarctus ou un syndrome coronarien aigu :
- Groupe 1 (permis B) : incompatibilité pendant 4 semaines minimum en cas d'atteinte significative du muscle cardiaque ; la reprise suppose ensuite une maladie coronaire stable, sans symptôme au repos ni lors des efforts usuels (§1.1). Le test d'effort, souvent demandé par le cardiologue, n'est pas une condition fixée par l'arrêté.
- Groupe 2 : incompatibilité pendant 6 semaines minimum, puis compatibilité après avis cardiologique régulier si la maladie coronaire est stable.
L'angor (angine de poitrine) stable et bien traité est compatible dans les deux groupes, sous réserve d'un suivi régulier.
Insuffisance cardiaque
La compatibilité dépend de votre classe fonctionnelle (classification NYHA) :
| Classe NYHA | Description | Groupe 1 | Groupe 2 |
|---|---|---|---|
| I | Aucun symptôme | Compatible | Compatible si fraction d'éjection ≥ 35 %, après avis spécialisé |
| II | Symptômes à l'effort intense | Compatible | Compatible si fraction d'éjection ≥ 35 %, après avis spécialisé |
| III | Symptômes au moindre effort | Compatible après évaluation et traitement efficace, sur avis spécialisé | Incompatibilité définitive |
| IV | Symptômes au repos | Incompatibilité définitive (si permanente) | Incompatibilité définitive |
Troubles du rythme cardiaque
- Fibrillation auriculaire : compatible lorsque le trouble est diagnostiqué et traité avec succès, sur avis spécialisé estimant le risque de malaise ou de syncope négligeable (§1.2) ; l'anticoagulation protège du risque d'AVC mais n'est pas un critère d'aptitude.
- Tachycardie ventriculaire : incompatible jusqu'au contrôle de l'arythmie (médicament, ablation ou dispositif implanté) ; la reprise suppose un avis spécialisé. En groupe 2, une tachycardie ventriculaire soutenue liée à une cause chronique est définitivement incompatible.
- Bloc auriculo-ventriculaire du 3e degré (BAV III) : compatible si vous êtes appareillé par un pacemaker fonctionnel.
Pacemaker (stimulateur cardiaque)
Le port d'un pacemaker n'est pas une cause d'incompatibilité en soi. La reprise de la conduite est possible :
- Groupe 1 : si le risque de malaise ou de syncope n'est pas négligeable, pas de reprise avant 2 semaines après l'implantation ; puis compatibilité définitive sur avis spécialisé (§1.2.7).
- Groupe 2 : après 2 semaines également, puis compatibilité sous réserve d'un avis cardiologique régulier.
Défibrillateur automatique implantable (DAI)
C'est l'une des situations les plus encadrées :
- Groupe 2 : incompatibilité définitive, dès que l'indication est posée, que l'appareil soit posé ou non (§1.2.5). Le risque de choc inapproprié ou d'arythmie sous-jacente est jugé incompatible avec la conduite professionnelle de véhicules lourds.
- Groupe 1 :
- DAI en prévention primaire (implanté sans antécédent de choc) : reprise possible après 4 semaines ;
- DAI en prévention secondaire (implanté après un événement rythmique grave) : reprise après 12 semaines. En revanche, après un choc délivré par le DAI, l'arrêté ne fixe pas de délai chiffré : la reprise relève d'une appréciation cardiologique au cas par cas (un choc programmé, type cardioversion d'une FA, n'entraîne pas d'incompatibilité).
L'aptitude est temporaire, sur avis spécialisé (§1.2.5). Pour un remplacement de défibrillateur, la compatibilité temporaire est possible dès la sortie de l'intervention, après avis spécialisé.
Syncope
Une syncope entraîne une incompatibilité tant que le risque de nouvelles syncopes n'a pas été évalué et maîtrisé ; la reprise suppose un avis spécialisé estimant ce risque négligeable (§1.3). En pratique, une syncope vasovagale isolée et bien caractérisée permet une reprise plus rapide.
Que faire si vous avez une pathologie cardiaque ?
- Consultez un médecin agréé en lui apportant votre dossier cardiologique à jour.
- Le médecin évaluera si votre état actuel est compatible, sous conditions, ou temporairement incompatible.
- S'il demande des examens complémentaires (ECG, test d'effort, Holter), faites-les réaliser par votre cardiologue traitant.
- En cas d'incompatibilité temporaire, une nouvelle visite sera prévue à l'échéance pour réévaluer votre situation.
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Récapitulatif selon le groupe de permis
Groupe 1 — permis A, A1, A2, B1, B, BE {#groupe-1}
| Événement / pathologie | Délai d'incompatibilité (groupe 1) |
|---|---|
| HTA contrôlée | Compatible |
| Infarctus du myocarde | 4 semaines minimum (atteinte significative du muscle cardiaque) |
| Pose de pacemaker | 2 semaines minimum si risque syncope |
| DAI en prévention primaire | 4 semaines |
| DAI en prévention secondaire | 12 semaines |
| Choc délivré par le DAI | Pas de délai fixé par l'arrêté : avis cardiologique |
| Fibrillation auriculaire bien contrôlée | Compatible |
| Syncope d'étiologie inconnue | Incompatible jusqu'à diagnostic |
| Chirurgie valvulaire | 4 semaines minimum, puis avis cardiologique (§1.7.2) |
| Insuffisance cardiaque (NYHA I-II) | Compatible avec suivi |
| Insuffisance cardiaque (NYHA III-IV) | NYHA III : après évaluation et avis spécialisé ; NYHA IV permanente : incompatibilité définitive |
Selon la pathologie, l'arrêté prévoit une compatibilité définitive ou temporaire (6 mois à 5 ans).
Groupe 2 — permis professionnels C, C1, CE, C1E, D, D1, DE, D1E {#groupe-2}
| Événement / pathologie | Critères (groupe 2) |
|---|---|
| HTA maligne ou de grade III non maîtrisée | Incompatible |
| Infarctus du myocarde | 6 semaines minimum, puis avis cardiologique régulier |
| Pose de pacemaker | Compatible après contrôle, avis cardio |
| DAI (toutes indications) | Incompatible définitivement |
| Syncope | Incompatible jusqu'à évaluation et maîtrise du risque, puis compatible après avis spécialisé régulier |
| Insuffisance cardiaque | NYHA I-II compatibles si fraction d'éjection ≥ 35 % ; NYHA III-IV : incompatibilité définitive |
| Fibrillation auriculaire | Compatible si le trouble est maîtrisé, sur avis spécialisé |
La visite suit la périodicité des permis lourds (tous les 5 ans avant 60 ans), sauf durée plus courte fixée par le médecin. Avis cardiologique selon la pathologie.
Pour aller plus loin
- SOS Cœur — association de patients cardiaques ; son article sur la conduite automobile et les maladies cardiaques, relu par des cardiologues, détaille les recommandations de reprise
Sources
- Arrêté du 28 mars 2022 relatif aux affections médicales et au permis de conduire, annexes I et II (groupe 1 et 2 — pathologies cardiovasculaires) : Légifrance
- Directive 2006/126/CE du Parlement européen, annexe III (normes minimales d'aptitude physique) — cadre européen actuellement transposé, qui sera abrogé avec effet au 26 novembre 2029 par la directive (UE) 2025/2205 du 22 octobre 2025 : EUR-Lex