Par Dr Adrien Salles — Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel

L'ANSM classe les médicaments affectant la conduite en trois niveaux signalés par un pictogramme (arrêté du 8 août 2008) : jaune « soyez prudent », orange « ne conduisez pas sans l'avis d'un professionnel de santé », rouge « ne pas conduire ». Le pictogramme n'est qu'un signal d'alerte : le médecin agréé évalue au cas par cas l'état clinique, la stabilité du traitement et les associations, un niveau 3 ne signifiant pas automatiquement inapte.

Référence officielleVerdicts d’aptitude cités littéralement dans l’arrêté du 28 mars 2022 pour ces pathologies

Médicaments et conduite automobile : classification, pictogrammes et responsabilité du médecin

Un enjeu sous-estimé en visite médicale

Les médicaments sont impliqués dans environ 3 % des accidents corporels de la route en France. Pour le médecin agréé, l'évaluation de l'aptitude à la conduite ne se limite pas à la pathologie : le traitement en cours peut, à lui seul, rendre la conduite incompatible — temporairement ou durablement.

Institué par l'arrêté du 18 juillet 2005 puis réformé en trois niveaux par l'arrêté du 8 août 2008, un système de pictogrammes apposés sur les boîtes de médicaments informe les patients. Mais c'est au médecin agréé qu'il revient d'évaluer l'impact réel du traitement sur les capacités de conduite, au cas par cas.


Les trois niveaux de risque (arrêté du 8 août 2008)

L'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) classe les médicaments affectant la conduite en trois niveaux, signalés par un pictogramme sur le conditionnement :

Niveau 1 — Jaune : « Soyez prudent »

Le médicament ne remet généralement pas en cause la conduite, mais le patient doit être informé des effets possibles (somnolence légère, vertiges occasionnels). La conduite reste compatible.

Exemples : certains antihistaminiques H1 de 2e génération (cétirizine, loratadine), certains antihypertenseurs. Le niveau dépend de chaque spécialité : vérifier le pictogramme de la boîte.

Niveau 2 — Orange : « Soyez très prudent, ne conduisez pas sans l'avis d'un professionnel de santé »

Le médicament peut altérer les capacités de conduite. La conduite n'est pas interdite mais nécessite un avis médical. L'effet peut varier selon les patients et les doses.

Exemples cités par l'ANSM : des antidépresseurs, des antidouleurs (dont les opioïdes, faibles et forts), des tranquillisants, des médicaments du diabète, de la maladie de Parkinson et de l'épilepsie, certains médicaments de l'allergie et du mal des transports.

Niveau 3 — Rouge : « Attention danger, ne pas conduire »

Le médicament rend la conduite dangereuse. La reprise de la conduite ne peut se faire qu'après avis médical.

Exemples cités par l'ANSM : pratiquement tous les somnifères (zolpidem, zopiclone), de nombreux tranquillisants et neuroleptiques, les anesthésiques généraux et les collyres qui dilatent la pupille (effet temporaire). Pour les antihistaminiques H1 de 1re génération (hydroxyzine, dexchlorphéniramine), le niveau dépend de la spécialité.

Le niveau est attaché à la spécialité — il figure sur la boîte — et ne change pas avec la phase du traitement ; l'ANSM recommande toutefois une prudence particulière en début de traitement ou lors d'une augmentation de dose.


Classes médicamenteuses les plus fréquemment rencontrées

Benzodiazépines et apparentés

Ce sont les médicaments les plus fréquemment retrouvés dans les accidents impliquant un traitement. L'effet sédatif est dose-dépendant et potentialisé par l'alcool. En visite médicale, un patient sous benzodiazépine au long cours nécessite une évaluation attentive : posologie stable, absence de somnolence résiduelle, pas de prise vespérale tardive pour les hypnotiques.

Opioïdes

Les opioïdes de palier II (codéine, tramadol) et III (morphine, oxycodone, fentanyl) altèrent la vigilance, le temps de réaction et la coordination. L'ANSM range les antidouleurs, dont les opioïdes, au niveau 2. Un patient sous opioïde fort à posologie stable depuis plusieurs semaines, sans somnolence, peut être compatible avec la conduite ; en pratique, l'instauration ou la modification de posologie justifie de s'abstenir de conduire le temps de l'adaptation.

Antiépileptiques

La plupart sont classés niveau 2. L'enjeu est double : la pathologie épileptique elle-même ET le traitement. Un patient épileptique équilibré sous traitement stable depuis plus d'un an est généralement compatible (cf. article sur neurologie).

Antidépresseurs

L'ANSM range des antidépresseurs au niveau 2 ; le niveau exact dépend de la spécialité. La phase d'instauration (2-4 premières semaines) présente un risque plus élevé de somnolence et de vertiges. Les tricycliques (amitriptyline, clomipramine) ont un effet sédatif plus marqué.

Cannabis thérapeutique

Les spécialités à base de THC altèrent la vigilance : en pratique, la conduite est déconseillée pendant le traitement, sauf évaluation spécifique, et un dépistage salivaire positif reste possible. Côté réglementation, l'expérimentation du cannabis médical a été prolongée jusqu'au 31 mars 2026, puis relayée par un dispositif transitoire pour les patients déjà traités, dans l'attente du cadre définitif.


Le rôle du médecin agréé

Pendant la visite médicale

  1. Recenser les traitements en cours : interrogatoire systématique, ordonnances récentes
  2. Évaluer le niveau de risque de chaque médicament vis-à-vis de la conduite
  3. Apprécier l'état clinique réel : un patient tolérant un traitement de niveau 2 depuis des mois peut être parfaitement apte
  4. Considérer les associations : deux médicaments de niveau 1 peuvent, combinés, avoir un effet de niveau 2
  5. Documenter la décision sur le Cerfa 14880*02

La décision d'aptitude

Le pictogramme n'est qu'un signal d'alerte, pas une décision médicale. Le médecin agréé évalue :

Un traitement de niveau 3 ne signifie pas automatiquement « inapte », pas plus qu'un niveau 2 ne garantit l'aptitude. Un patient sous morphine LP (niveau 2) à posologie stable depuis 6 mois, sans somnolence, peut par exemple être déclaré apte temporaire avec réévaluation.


Responsabilité juridique

Le médecin agréé n'est pas le prescripteur du traitement. Sa responsabilité porte sur l'évaluation de l'aptitude au moment de la visite. En revanche, le médecin prescripteur doit informer son patient des risques de son traitement (devoir d'information, article L. 1111-2 du code de la santé publique) ; l'article R. 5121-139 du même code fonde, lui, l'apposition du pictogramme sur le conditionnement.

En cas d'accident, la déchéance de garantie que peut invoquer l'assureur sanctionne un manquement de l'assuré (par exemple la conduite malgré une contre-indication connue), et non un défaut d'information du prescripteur, qui n'est pas opposable à l'assuré.


Ressources pratiques

La base de données publique des médicaments (base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr) permet de vérifier le niveau de risque de chaque spécialité. Le Vidal et la base Thériaque proposent également cette information.

Avec Medipermis, les traitements déclarés par le patient dans le questionnaire préalable sont repris dans son dossier, ce qui structure l'interrogatoire médicamenteux.


Sources