Téléphone au volant et suspension de 6 mois : la visite médicale post-infraction
Depuis fin 2025, plusieurs préfectures (Landes, Pas-de-Calais, Lot-et-Garonne, Charente-Maritime…) appliquent une suspension administrative pouvant aller jusqu'à 6 mois dès la première infraction de téléphone au volant. Lorsque la suspension atteint 6 mois, l'article R. 224-21 du Code de la route impose au conducteur visite médicale et tests psychotechniques pour récupérer son permis. Pour le médecin agréé, cela signifie une nouvelle catégorie de patients en cabinet : conducteurs sans pathologie particulière, mais soumis à un contrôle d'aptitude obligatoire.
Cadre légal de la visite
La visite médicale post-suspension relève du contrôle médical de l'aptitude à la conduite prévu aux articles R. 226-1 à R. 226-4 et R. 224-21 du Code de la route. Depuis le décret n° 2016-39 du 22 janvier 2016, l'obligation est strictement réservée aux suspensions, annulations ou invalidations d'une durée égale ou supérieure à 6 mois.
À ne pas confondre :
- Suspension < 6 mois (1, 2, 3, 4 mois) : ni visite médicale, ni tests psychotechniques. Le permis est restitué automatiquement à l'échéance.
- Suspension = 6 mois (maximum administratif pour téléphone au volant) : visite médicale chez un médecin agréé + examen psychotechnique chez un psychologue agréé, cumulatifs.
- Suspension judiciaire ≥ 6 mois ou annulation/invalidation : même procédure, à laquelle s'ajoute le repassage des épreuves du permis.
Le motif de la visite est administratif, pas pathologique : le patient ne se présente pas pour une affection identifiée, mais parce que la préfecture conditionne la restitution du permis à un avis médical d'aptitude.
Ce que vous devez vérifier en consultation
Même en l'absence de pathologie déclarée, la visite reste un examen complet d'aptitude au sens de l'arrêté du 28 mars 2022. Vous devez procéder aux mêmes vérifications que pour toute visite médicale permis :
Examen clinique standard
- Antécédents : pathologies cardiovasculaires, neurologiques, psychiatriques, addictions ; traitements en cours ; antécédents chirurgicaux.
- Vue : acuité visuelle de chaque œil avec et sans correction (seuils de l'arrêté du 28 mars 2022), champ visuel, vision des couleurs si pertinent.
- Audition : test à la voix chuchotée ou audiogramme si plainte ou doute.
- Examen général : tension artérielle, signes neurologiques, équilibre, mobilité.
- État cognitif : orientation, attention, mémoire de travail (a fortiori chez les patients > 60 ans).
Points spécifiques aux infractions « téléphone »
Les patients sanctionnés pour téléphone au volant ne présentent généralement pas de pathologie de fond. Néanmoins, il est utile d'explorer :
- Une éventuelle dépendance comportementale au smartphone (usage compulsif, anxiété de séparation, manifestations dans d'autres contextes). Bien qu'elle ne constitue pas une cause d'inaptitude formelle, elle peut nourrir l'évaluation globale du risque.
- Une consommation associée (alcool, cannabis, anxiolytiques) qui aurait pu favoriser l'inattention au volant. Si elle est révélée, elle doit être documentée et peut justifier des examens complémentaires (marqueurs biologiques d'alcool — voir Marqueurs biologiques alcool).
- Des troubles du sommeil non diagnostiqués (apnée notamment) qui peuvent expliquer une vigilance dégradée — à explorer si signes d'appel.
Articulation avec les tests psychotechniques
Pour les suspensions de 6 mois, les tests psychotechniques sont obligatoires en complément de la visite médicale (article R. 224-21). À noter pour bien orienter le patient :
- ce sont deux démarches distinctes auprès de deux professionnels distincts (médecin agréé d'un côté, psychologue agréé de l'autre) ;
- l'avis médical seul ne suffit pas à récupérer le permis : la préfecture exige les deux avis ;
- les résultats des tests psychotechniques sont valables 6 mois — au-delà, ils doivent être repassés. Mieux vaut donc les programmer en cohérence avec la fin de la suspension ;
- le médecin agréé peut rendre son avis sans attendre les résultats des tests psychotechniques — les deux processus sont parallèles.
Voir notre article dédié : Tests psychotechniques et rôle du médecin.
Décision et avis sur le Cerfa 14880
Pour la quasi-totalité des patients en visite post-téléphone au volant, l'avis sera favorable (compatible) — l'infraction n'est pas révélatrice d'une inaptitude médicale au sens de l'arrêté du 28 mars 2022. Cependant :
- Attention aux découvertes incidentes : la visite peut révéler une pathologie passée inaperçue (HTA non équilibrée, déficit visuel, trouble cognitif débutant). Si une telle anomalie est détectée, elle doit être traitée comme une visite ordinaire — examen complémentaire, avis spécialisé, conclusion adaptée.
- Durée de validité : adaptez la durée de validité de l'avis aux constatations cliniques (5 ans par défaut, plus court si pathologie nécessitant un suivi).
- Restrictions éventuelles : code 01 (correction visuelle), 03 (prothèse auditive), etc. selon les besoins.
Voir Cerfa 14880 — Guide de remplissage.
Honoraires et remboursement
La visite médicale post-suspension pour infraction au Code de la route est à la charge du patient : elle n'est ni prise en charge par l'Assurance Maladie ni par les complémentaires santé. Le tarif est libre dans la limite de l'arrêté préfectoral applicable (généralement 36 € pour la visite hors commission). Les tests psychotechniques (chez le psychologue) sont également à la charge du patient et facturés séparément (en moyenne 90 à 100 €).
Voir Tarification et honoraires.
Bien orienter le patient
Beaucoup de patients arrivent en cabinet sans avoir compris la procédure complète. Quelques points d'orientation utiles :
- expliquer la distinction visite médicale / tests psychotechniques (deux démarches obligatoires si suspension de 6 mois) ;
- préciser que la visite médicale peut être réalisée pendant la suspension — pas besoin d'attendre la fin de la période de retrait ;
- rappeler que l'avis transite par la préfecture via la plateforme ANTS, et que c'est elle qui délivre le titre de conduite à la fin de la suspension.
Sources
- Code de la route, articles R. 224-20 à R. 224-24 — interdiction de délivrance, suspension, annulation, invalidation : Légifrance
- Code de la route, articles R. 226-1 à R. 226-4 — organisation du contrôle médical de l'aptitude à la conduite : Légifrance
- Décret n° 2016-39 du 22 janvier 2016 — relèvement du seuil à 6 mois pour la visite médicale et les tests psychotechniques : Légifrance
- Arrêté du 28 mars 2022 relatif aux affections médicales et à la conduite : Légifrance
- Ministère de l'Intérieur — Ma Sécurité : Le téléphone au volant peut vous coûter une suspension de permis