Par Dr Adrien Salles — Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel

Les conducteurs professionnels (poids lourds, transport en commun, taxi, VTC, ambulancier) sont soumis à un contrôle médical périodique selon les critères plus stricts du groupe 2 (annexe II de l'arrêté du 28 mars 2022). La périodicité est de 5 ans avant 60 ans, puis de 2 ans ou 1 an selon la catégorie et l'âge. Un conducteur inapte au groupe 2 peut rester apte au groupe 1.

Permis professionnel : spécificités de la visite médicale

Un contrôle médical périodique obligatoire

Les conducteurs professionnels sont soumis à un contrôle médical périodique plus strict que les conducteurs de véhicules légers. Le médecin agréé doit appliquer les critères du groupe 2 (annexe II de l'arrêté du 28 mars 2022), plus exigeants que ceux du groupe 1.


Qui est concerné ?

Titulaires de permis du groupe 2

Catégorie Véhicules Exemples
C, C1, CE, C1E Poids lourds Camions, semi-remorques
D, D1, DE, D1E Transport en commun Autobus, autocars

Professions réglementées nécessitant un contrôle médical

Profession Base réglementaire
Chauffeur de taxi Article R221-10 du Code de la route
Conducteur VTC Article R221-10 du Code de la route (attestation préfectorale)
Ambulancier Article R221-10 du Code de la route ; arrêté du 31 juillet 2012, article 1
Moniteur d'auto-école Articles R212-2 et suivants
Conducteur de transport scolaire Permis D, ou permis B pour un véhicule de ramassage scolaire (R221-10 III)
Conducteur de transport public de personnes Permis D, ou permis B selon le véhicule (R221-10 III)

Périodicité des visites

Permis C, C1, CE, C1E (poids lourds)

Âge du conducteur Périodicité
Moins de 60 ans Tous les 5 ans
60 ans et plus Tous les 2 ans
76 ans et plus Tous les ans

Permis D, D1, DE, D1E (transport en commun)

Âge du conducteur Périodicité
Moins de 60 ans Tous les 5 ans
60 ans et plus Tous les ans

Taxi et VTC

Âge du conducteur Périodicité
Moins de 60 ans Tous les 5 ans
De 60 à 76 ans Tous les 2 ans
76 ans et plus Tous les ans

Ambulancier

Même périodicité dégressive que les taxis et VTC (articles R221-10 et R221-11) : tous les 5 ans avant 60 ans, tous les 2 ans de 60 à 76 ans, tous les ans à partir de 76 ans.


Critères du groupe 2 : ce qui diffère du groupe 1

Le groupe 2 impose des seuils plus stricts pour l'ensemble des fonctions évaluées. Voici les principales différences :

Vision

Critère Groupe 1 (léger) Groupe 2 (professionnel)
Acuité visuelle ≥ 5/10 (binoculaire) ≥ 8/10 (meilleur œil) + ≥ 1/10 (œil le moins bon)
Champ visuel horizontal ≥ 120° ≥ 160°
Vision monoculaire Compatible sous conditions Incompatible (acuité du moins bon œil ≥ 1/10 exigée)

Cardiovasculaire

Pathologie Groupe 1 Groupe 2
HTA Incompatible si HTA maligne non maîtrisée (§1.5) Incompatible si HTA maligne ou de grade III non maîtrisée (§1.5)
Post-infarctus (atteinte myocardique significative) Reprise après 4 semaines minimum Reprise après 6 semaines minimum, puis avis spécialisé régulier
Insuffisance cardiaque NYHA I-II compatibles ; NYHA III après évaluation et avis spécialisé ; NYHA IV permanente : incompatibilité définitive NYHA I-II si FE ≥ 35 % ; III et IV : incompatibilité définitive (§1.6)
Défibrillateur implantable (DAI) Prévention primaire : 4 semaines ; prévention secondaire : 12 semaines ; après un choc délivré par le DAI : pas de délai fixé, avis cardiologique Incompatibilité définitive dès l'indication (§1.2.5)
Syncope Incompatible tant que le risque de récidive n'est pas évalué et maîtrisé, puis compatible après avis spécialisé Idem, puis compatible après avis spécialisé régulier (§1.3)

Neurologie

Pathologie Groupe 1 Groupe 2
Épilepsie Compatible après 1 an sans crise Compatible après 10 ans sans crise ET sans traitement
Apnées du sommeil Compatible si traitement efficace (3 ans maximum) Compatible si traitement efficace et somnolence éliminée, pour un an maximum, renouvelable (§4.3.1)
Troubles cognitifs neuroévolutifs Incompatible tant que le doute subsiste ; définitive dès le stade 3 de Reisberg Incompatibilité définitive dès le diagnostic confirmé (§4.4.2)

Métabolisme

Pathologie Groupe 1 Groupe 2
Diabète traité par un hypoglycémiant (insuline, sulfamides, glinides) Compatibilité temporaire si maîtrise de la maladie et conscience du risque d'hypoglycémie Compatibilité temporaire de 3 ans maximum, sans hypoglycémie sévère dans les 12 derniers mois (§6.2)
Diabète sans traitement hypoglycémiant (régime, metformine seule…) Pas de contrôle médical propre au diabète Pas de règle propre au diabète ; examiné lors de la visite périodique

La visite en pratique

Examen renforcé

Pour un conducteur professionnel, l'examen doit être plus approfondi que pour un conducteur de véhicule léger :

Documents spécifiques

Le patient doit présenter :

L'avis

Mêmes quatre avis possibles (apte, apte temporaire, apte avec restrictions, inapte). En cas d'aptitude temporaire, la périodicité de contrôle fixée par le médecin prévaut sur la périodicité réglementaire si elle est plus courte. Pour le groupe 2, les codes de restriction médicale 61 à 69 ne peuvent pas être apposés (guide de la Sécurité routière).

Attention : un conducteur professionnel déclaré inapte au groupe 2 peut rester apte au groupe 1. Le médecin doit préciser sur le Cerfa les catégories pour lesquelles l'avis est rendu.


Enjeux professionnels

Impact de l'inaptitude

Pour un conducteur professionnel, une inaptitude médicale signifie la perte de son outil de travail. Le médecin agréé doit :

Relation avec la médecine du travail

Le médecin agréé évalue l'aptitude à la conduite (aptitude liée au permis). Le médecin du travail évalue l'aptitude au poste de travail. Les deux évaluations sont indépendantes mais complémentaires. Un conducteur apte au permis C peut être inapte au poste de travail (et inversement, bien que ce soit rare).

Aptitude médicale et qualification professionnelle

La confusion est fréquente en consultation : chez un conducteur routier, deux échéances se superposent sans se remplacer.

Les deux sont indépendantes : suivre une FCO ne proroge pas le permis, et une visite médicale à jour ne dispense pas de la qualification. Un conducteur peut donc détenir un permis C valide et ne pas pouvoir conduire à titre professionnel, faute de CQC en cours de validité — un point utile à rappeler au patient qui vient pour sa visite en pensant que celle-ci couvre tout. Les durées de formation et les modalités de renouvellement sont détaillées dans ce guide FIMO et FCO publié par Travail-Industrie.


Sources