Suspension, annulation, invalidation : comprendre les trois situations
Trois termes, trois procédures distinctes
Les patients qui consultent un médecin agréé pour récupérer leur permis utilisent souvent ces termes de manière interchangeable. Pourtant, suspension, annulation et invalidation sont trois situations juridiquement distinctes, avec des procédures et des conséquences différentes — y compris pour le médecin agréé.
Suspension du permis de conduire
Définition
La suspension est une interdiction temporaire de conduire, prononcée pour une durée déterminée. Elle peut être :
- Administrative : décidée par le préfet, immédiate, dans l'attente d'une décision judiciaire (6 mois au plus, portée à 1 an notamment pour l'alcool, les stupéfiants, un refus de vérification ou un accident corporel ; durée doublée pour un professionnel du transport de personnes, article L224-2)
- Judiciaire : prononcée par un tribunal, après condamnation (jusqu'à 3 ans en général ; jusqu'à 5 ans pour l'alcool et les stupéfiants depuis la loi du 9 juillet 2025, articles L234-2 et L235-1)
Infractions courantes
Excès de vitesse ≥ 40 km/h, alcoolémie, usage de stupéfiants, refus d'obtempérer, mise en danger d'autrui.
Procédure de restitution
| Durée de suspension | Visite médicale | Tests psychotechniques |
|---|---|---|
| ≤ 1 mois | Non | Non |
| > 1 mois et < 6 mois | Oui | Non |
| ≥ 6 mois | Oui | Oui |
La visite médicale est obligatoire dès lors que la suspension dépasse 1 mois. Le décret n° 2016-39 du 22 janvier 2016 (articles R224-21 et R224-22 du Code de la route) a délimité le périmètre des tests psychotechniques : ceux-ci ne sont exigés qu'à partir d'une suspension de 6 mois. Les tests psychotechniques, réalisés par un psychologue déclaré auprès du préfet, ont une validité de 6 mois et une portée nationale (arrêté du 26 août 2016).
Attention : si la suspension est liée à l'alcool ou aux stupéfiants, quelle que soit la durée, la visite médicale relève de la commission médicale préfectorale (pas du médecin agréé de ville).
Ce que le médecin agréé vérifie
- État de santé général compatible avec la conduite
- Absence de pathologie apparue pendant la période de suspension
- Si suspension pour alcool/stupéfiants → réorienter vers la commission
Annulation du permis de conduire
Définition
L'annulation est une suppression définitive du permis, prononcée par un tribunal. Le conducteur doit repasser le permis après un délai d'interdiction : l'épreuve théorique (code) et, sauf dispense, l'épreuve pratique (voir le tableau comparatif).
Infractions courantes
Conduite en état d'ivresse manifeste, récidive d'alcoolémie, récidive de stupéfiants, homicide routier et blessures routières ayant entraîné une ITT de plus de 3 mois (annulation de plein droit, avec interdiction de 5 à 10 ans, article 221-21 du code pénal depuis la loi du 9 juillet 2025).
Délai d'interdiction
Le tribunal fixe un délai pendant lequel le conducteur ne peut pas se présenter à l'examen du permis :
- Généralement 6 mois à 3 ans
- Jusqu'à 10 ans en cas de circonstances aggravantes
- Pas de délai minimal : le juge peut ne pas fixer de délai
Procédure de récupération
- Attendre la fin du délai d'interdiction
- Passer les tests psychotechniques (obligatoires)
- Passer la visite médicale (commission médicale si alcool/stupéfiants, sinon médecin agréé de ville)
- S'inscrire en auto-école et repasser le code et la conduite
- Obtenir le nouveau permis via l'ANTS
Ce que le médecin agréé vérifie
- Aptitude médicale complète (le patient repart de zéro)
- Si annulation pour alcool/stupéfiants → commission médicale, pas médecin de ville
- Vérifier que l'examen psychotechnique a été réalisé : l'avis ne peut être émis qu'après lui (article R224-21)
Invalidation du permis de conduire
Définition
L'invalidation est la perte du permis pour solde de points nul. Ce n'est ni une décision judiciaire ni une sanction administrative : c'est un mécanisme automatique lié au système de points.
Comment ça arrive
Chaque infraction entraîne un retrait de points. Quand le solde atteint zéro, le permis est invalidé de plein droit. Le conducteur reçoit un courrier recommandé (lettre 48SI) l'informant de l'invalidation et lui demandant de restituer son permis à la préfecture.
Procédure de récupération
- Attendre 6 mois à compter de la restitution du permis (1 an en cas de récidive d'invalidation dans les 5 ans)
- Passer les tests psychotechniques (obligatoires)
- Passer la visite médicale
- Repasser le code de la route (l'épreuve de conduite peut être dispensée si trois conditions cumulatives sont réunies : permis détenu depuis au moins 3 ans, interdiction de moins d'un an, et réinscription dans les 9 mois suivant la fin de l'interdiction — cf. service-public.fr F1704)
- Obtenir le nouveau permis via l'ANTS
Particularité : commission ou médecin de ville ?
Si parmi les infractions ayant conduit à l'invalidation figure une infraction liée à l'alcool ou aux stupéfiants, la visite relève de la commission médicale. Sinon, le médecin agréé de ville est compétent.
Tableau comparatif
| Suspension | Annulation | Invalidation | |
|---|---|---|---|
| Nature | Temporaire | Définitive | Automatique (points = 0) |
| Qui décide | Préfet (admin.) ou tribunal (judiciaire) | Tribunal | Automatique (Code de la route) |
| Durée d'interdiction | Admin. : 6 mois (1 an notamment pour alcool/stup.) ; judiciaire : 3 ans max (5 ans pour alcool et stupéfiants) | Fixée par le juge (0 à 10 ans) | 6 mois (1 an si récidive) |
| Repasser le code | Non | Oui | Oui |
| Repasser la conduite | Non | Oui (dispense possible : permis ≥ 3 ans, interdiction < 1 an, réinscription < 9 mois) | Oui (mêmes conditions de dispense) |
| Tests psychotechniques | Si suspension ≥ 6 mois | Oui | Oui |
| Visite médicale | Si suspension > 1 mois (toute durée après une infraction d'alcool ou de stupéfiants) | Oui | Oui |
| Commission obligatoire | Si alcool/stupéfiants | Si alcool/stupéfiants | Si infraction alcool/stupéfiants au dossier |
En pratique pour le médecin agréé
Vérifier le motif avant la visite
La première question à poser (ou à intégrer dans le formulaire de prise de rendez-vous) :
« Votre permis a-t-il été suspendu, annulé ou invalidé ? L'infraction est-elle liée à l'alcool ou aux stupéfiants ? »
Si la réponse implique alcool ou stupéfiants → rediriger vers la commission médicale.
Documents à demander au patient
- Lettre de notification de la suspension/annulation/invalidation (précise le motif et la durée)
- Relevé d'information intégral (RII) délivré par la préfecture (ou consultable sur
mespoints.permisdeconduire.gouv.fr, avec FranceConnect) — il détaille les infractions et la nature de la sanction. Le relevé d'information restreint (RIR) ne précise que les catégories de permis et les suspensions en cours, sans détail des infractions. - Résultats des tests psychotechniques (si obligatoires et déjà réalisés)
- Examens biologiques le cas échéant
Avec Medipermis, le questionnaire en ligne demande au patient le motif de sa visite (suspension, invalidation ou annulation…) et lui rappelle l'examen psychotechnique quand il est requis ; l'annuaire indique la commission médicale de chaque département pour les dossiers alcool et stupéfiants.
Sources
- Code de la route, articles L224-1 à L224-18 — Suspension et annulation du permis
- Code de la route, articles L223-1 à L223-8 — Permis à points et invalidation
- Service-public.fr — Suspension administrative : F14836
- Service-public.fr — Annulation judiciaire : F21774
- Service-public.fr — Invalidation : F1704
- Arrêté du 31 juillet 2012 — Légifrance
- Code de la route, articles R224-20 à R224-24 — Examen psychotechnique, dispense de l'épreuve pratique — Légifrance
- Arrêté du 26 août 2016 relatif à l'examen psychotechnique — Légifrance