Par Dr Adrien Salles — Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel

Les infractions alcool ou stupéfiants au volant relèvent de la commission médicale préfectorale, pas du médecin agréé de ville (article R226-3 du code de la route). Le conducteur convoqué se présente avec des examens biologiques récents, dans le délai indiqué par la convocation, et passe un entretien médical. Selon l'arrêté du 28 mars 2022, la reprise passe d'abord par une compatibilité temporaire (un an maximum, renouvelable, pour le groupe léger ; périodes de 6 mois pendant au moins trois ans pour le groupe lourd), réexaminée par la commission à chaque échéance.

Référence officielleVerdicts d’aptitude cités littéralement dans l’arrêté du 28 mars 2022 pour ces pathologies

Alcool et stupéfiants au volant : la procédure médicale

Une compétence exclusive de la commission médicale

Les infractions liées à la conduite sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants relèvent exclusivement de la commission médicale préfectorale. Le médecin agréé de ville n'est pas compétent pour traiter ces dossiers.

Cette exclusivité s'explique par la complexité de l'évaluation : il ne s'agit pas seulement de vérifier l'aptitude médicale ponctuelle, mais d'évaluer une problématique addictive qui nécessite un regard collégial.

Le médecin agréé de ville doit néanmoins connaître cette procédure pour orienter correctement ses patients et, le cas échéant, participer aux commissions médicales en tant que membre.


Les infractions concernées

Alcool

Pour le détail des seuils contraventionnels et délictuels en vigueur, se reporter aux articles R234-1 et L234-1 du Code de la route sur Légifrance.

Stupéfiants


Le déroulement en commission médicale

Convocation

Le patient est convoqué par la préfecture pour se présenter devant la commission médicale. Le délai d'attente varie selon les départements.

Composition de la commission

La commission médicale primaire est composée d'au moins deux médecins agréés, et chaque réunion en comprend deux (arrêté du 31 juillet 2012, article 9). Sa composition exacte et son organisation peuvent varier selon les départements. Elle siège dans les locaux de la préfecture ou de la sous-préfecture.

Examens biologiques exigés

Le patient doit se présenter avec des résultats biologiques récents, dans le délai indiqué par la convocation. Les examens demandés varient selon les commissions, mais le socle commun comprend :

Pour les infractions liées à l'alcool :

Marqueur Intérêt
GammaGT Marqueur indirect, sensibilité modeste, augmenté en cas de consommation chronique
CDT (Transferrine carboxy-déficiente) Le plus spécifique des marqueurs indirects (~95 % de spécificité). Reflète une consommation chronique excessive d'alcool.
VGM (Volume globulaire moyen) Marqueur indirect, augmenté en cas de consommation chronique. Normalisation lente.
Bilan hépatique complet (ASAT, ALAT) Évaluation du retentissement hépatique
NFS (Numération formule sanguine) Complément, recherche de macrocytose

Certaines commissions demandent également :

Pour les infractions liées aux stupéfiants :

Examen Intérêt
Recherche urinaire de stupéfiants Dépistage des principales substances (cannabis THC-COOH, cocaïne, opiacés, amphétamines)
Analyse capillaire (cheveux) Rétrospective sur 3-6 mois, très difficile à falsifier

L'entretien médical

La commission évalue :

L'avis de la commission

La commission rend l'un des avis prévus par l'arrêté du 31 juillet 2012 (article 7) : aptitude, aptitude temporaire, aptitude assortie de restrictions ou inaptitude. Dans ces dossiers :


Le suivi et le renouvellement

Aptitude temporaire : un suivi rapproché

Selon l'arrêté du 28 mars 2022 (§4.1), la compatibilité est d'abord temporaire : un an maximum pour le groupe léger (six mois au minimum, durée plancher de toute compatibilité temporaire fixée par l'article 2), par périodes de 6 mois pendant au moins trois ans pour le groupe lourd. À l'échéance, le patient doit :

  1. Réaliser de nouveaux examens biologiques
  2. Se représenter devant la commission médicale primaire (seule compétente pour le réexamen à l'échéance de l'aptitude temporaire qu'elle a délivrée)
  3. Justifier d'un suivi médical ou addictologique le cas échéant

Le suivi reste de la compétence de la commission

Tant que la situation relève d'une infraction alcool/stupéfiants, l'ensemble du contrôle médical — évaluation initiale et renouvellements — reste de la compétence exclusive de la commission médicale primaire (article R226-3 du Code de la route). Il n'existe pas de faculté préfectorale de transférer ce suivi à un médecin agréé de ville.


Le rôle du médecin agréé de ville

Même si le médecin agréé de ville n'est pas compétent pour ces dossiers, il peut être amené à :

  1. Réorienter un patient mal orienté (infraction alcool/stupéfiants → commission)
  2. Participer aux commissions en tant que médecin membre (si désigné par le préfet)
  3. Informer et accompagner le patient sur la procédure (le renouvellement des dossiers alcool/stupéfiants reste du ressort de la commission)
  4. Détecter un mésusage lors de visites pour d'autres motifs et orienter vers la commission

L'éthylotest anti-démarrage (EAD)

L'EAD est un dispositif installé dans le véhicule qui empêche le démarrage si le conducteur souffle un taux d'alcool supérieur au seuil. Il peut être prescrit par le juge comme alternative ou complément à la suspension, dans le cadre d'une composition pénale ou d'une condamnation.

Sur le plan médical, seules les commissions médicales (primaire ou d'appel) peuvent rendre un avis d'aptitude temporaire avec obligation de conduire un véhicule équipé d'un EAD (arrêté du 31 juillet 2012, article 5 V). Selon l'arrêté du 28 mars 2022 (article 7 et annexe IV), la commission le propose et le préfet décide ; la reprise de la conduite s'accompagne alors d'un stage dans un établissement spécialisé en addictologie. Voir notre article sur l'éthylotest antidémarrage.


Sources