Par Dr Adrien Salles Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Mis à jour le

Maladie de Parkinson et permis de conduire

Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permisClasse IV (neurologie).

Avoir la maladie de Parkinson n'interdit pas de conduire. La majorité des personnes en début de maladie continuent à conduire normalement. En revanche, depuis l'arrêté du 28 mars 2022, un avis d'aptitude par un médecin agréé est obligatoire dès le diagnostic, même sans symptôme gênant la conduite. Voici la démarche complète.

Ce que dit la loi

L'arrêté du 28 mars 2022 a inscrit explicitement la maladie de Parkinson dans la liste des affections nécessitant l'avis d'un médecin agréé. La logique :

  1. La maladie en soi n'est pas une cause d'inaptitude ;
  2. Mais ses symptômes et ses traitements peuvent l'être ;
  3. Une évaluation individuelle est donc systématique.

Conduire sans validation par un médecin agréé après un diagnostic de Parkinson ne fait pas l'objet d'une sanction directe, mais peut avoir des conséquences en cas d'accident (assurance, responsabilité).

Quels symptômes peuvent gêner la conduite ?

Symptômes moteurs

Symptômes non moteurs

Phénomènes ON / OFF

Les patients avec une maladie évoluée peuvent présenter des fluctuations motrices : périodes où le traitement est efficace (« ON ») alternant avec des périodes où il l'est moins (« OFF »). Pendant les phases OFF, la conduite peut être impossible. Il est essentiel de conduire uniquement en phase ON et d'éviter les longs trajets aux heures de fluctuation.

Effets des traitements sur la conduite

Les principaux traitements antiparkinsoniens et leurs effets :

Traitement Effets possibles sur la conduite
Lévodopa (Modopar®, Sinemet®) Améliore les symptômes moteurs ; rares somnolences
Agonistes dopaminergiques (Réquip®, Sifrol®) Somnolence diurne fréquente, parfois brutale
Anticholinergiques Troubles cognitifs possibles chez le sujet âgé
IMAO-B (sélégiline) Bien toléré en général
Apomorphine sous-cutanée Effets variables selon les patients

Important : ne modifiez jamais votre traitement sans avis neurologique. Si vous ressentez une somnolence inhabituelle ou des hallucinations, signalez-le rapidement à votre neurologue.

La démarche concrète

  1. Au diagnostic, demandez à votre neurologue un compte-rendu détaillé : stade de la maladie, traitement, fluctuations, symptômes non moteurs, évaluation cognitive si réalisée.
  2. Bilan complémentaire parfois nécessaire : bilan neuropsychologique, évaluation ergothérapique, test sur simulateur ou en condition réelle.
  3. Prenez rendez-vous avec un médecin agréé par la préfecture.
  4. Apportez tous vos documents à la visite.
  5. Le médecin agréé conclut : apte, apte temporaire (1 à 5 ans), apte avec restrictions (aménagements ou heures de conduite limitées), ou inapte.

Évaluation par niveaux de risque

Les sociétés savantes (SOFMA, 2025) recommandent une catégorisation en trois niveaux pour orienter la décision :

Niveau Situation Conduite
Vert Forme débutante, symptômes maîtrisés, pas d'effet secondaire Compatible, suivi périodique
Orange Symptômes plus marqués, somnolence diurne, troubles cognitifs débutants Évaluation approfondie (bilan ergothérapie, neuropsy, parfois test conduite réelle)
Rouge Symptômes sévères, fluctuations marquées, troubles cognitifs significatifs, hallucinations Incompatibilité jusqu'à amélioration ou définitivement

Aménagements possibles

Selon vos symptômes, des aménagements peuvent permettre de poursuivre la conduite :

Suivi périodique

L'aptitude est généralement délivrée à titre temporaire :

Conduite professionnelle (groupe 2)

Pour les conducteurs de poids lourds, bus ou transport en commun, l'aptitude au groupe 2 est rarement reconnue dès que la maladie évolue. La perte de l'aptitude au groupe 2 peut conduire à une réorientation professionnelle ou à un aménagement de poste.

Conseils pratiques

Si vous êtes déclaré inapte


En résumé

Question Réponse
Conduire avec Parkinson est-il interdit ? Non, sous réserve d'évaluation médecin agréé
Démarche obligatoire au diagnostic ? Oui, depuis l'arrêté du 28 mars 2022
Effets secondaires les plus surveillés ? Somnolence diurne (agonistes), hallucinations
Durée typique d'aptitude 1 à 5 ans selon stade et stabilité
Groupe 2 (poids lourds) Restrictif, souvent incompatible quand la maladie progresse

Pour aller plus loin


Sources