Handicap moteur et permis de conduire : conduire avec un aménagement
Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permis — Classe V (appareil locomoteur).
Un handicap moteur n'est pas une cause automatique d'inaptitude à la conduite. Dans de nombreux cas, il est possible de conduire en adaptant le véhicule ou en obtenant des restrictions spécifiques sur le permis. L'arrêté du 28 mars 2022 prévoit des dispositions spécifiques pour les conducteurs présentant une déficience des membres.
Le principe : compatibilité avec aménagement
Le médecin agréé évalue si vous êtes en mesure d'actionner les commandes essentielles du véhicule de façon sûre et efficace, avec ou sans aménagement. Si un aménagement permet de rétablir cette capacité, l'aptitude peut être accordée avec restriction.
Cette restriction est alors mentionnée sur votre permis de conduire sous forme d'un code harmonisé européen (par exemple : code 78 pour boîte automatique uniquement, code 20 pour freinage adapté, code 25 pour accélérateur adapté, etc.).
Types d'aménagements possibles
Boîte de vitesses automatique (code 78)
Si vous ne pouvez pas utiliser une boîte manuelle (amputation d'un membre, paralysie d'un bras, hémiplégie), votre permis peut être restreint à la conduite de véhicules équipés d'une boîte automatique (code 78). À noter : le code 10 désigne plus largement les transmissions adaptées (incluant aussi des dispositifs spécifiques au-delà de la simple boîte automatique).
Commandes manuelles d'accélération et de freinage (codes 20 et 25)
Pour les personnes ne pouvant pas utiliser les pédales (paralysie des membres inférieurs, amputation), des commandes manuelles permettent d'accélérer et de freiner sans pied : codes 20 (freinage adapté) et 25 (accélération adaptée), avec des sous-codes précisant le type d'adaptation. Ces dispositifs sont prescrits par un ergothérapeute spécialisé et homologués pour les véhicules adaptés.
Aides à la direction (codes 40 et sous-codes)
Un pommeau au volant (code 40.01, « boule au volant ») ou une assistance à la direction renforcée peut être recommandé en cas d'usage d'un seul bras.
Prothèses et orthèses
Le port d'une prothèse fonctionnelle peut être requis pour la conduite. Le médecin agréé précise si la conduite est possible avec la prothèse et indique cette obligation sur le formulaire Cerfa.
Rôle de l'ergothérapeute
Dans les situations complexes (paralysie partielle, amputation bilatérale, troubles neuromusculaires évolutifs), il est recommandé de consulter un ergothérapeute spécialisé dans l'évaluation des capacités à conduire. Ces professionnels réalisent des bilans de conduite dans des centres spécialisés (souvent associés à des centres de rééducation) pour déterminer les aménagements les mieux adaptés à votre situation.
Les centres agréés pour les évaluations de conduite adaptée existent dans toutes les régions. Votre médecin agréé ou votre médecin traitant peut vous orienter vers le centre le plus proche.
Après un accident ou une maladie invalidante
Si vous avez subi un accident ou une maladie ayant entraîné un handicap moteur (AVC avec hémiplégie, amputation post-traumatique, lésion médullaire, sclérose en plaques, etc.), la reprise de la conduite est possible dans de nombreux cas, sous conditions :
- Rééducation et bilan fonctionnel : le médecin de rééducation évalue votre récupération.
- Bilan de conduite chez un ergothérapeute spécialisé si nécessaire.
- Visite médicale auprès d'un médecin agréé avec les documents de suivi.
- Adaptation du véhicule : homologation des équipements par un carrossier agréé.
- Formation complémentaire si les commandes sont modifiées : certains assureurs et auto-écoles proposent des cours de conduite adaptée.
Ce que vous devez apporter à la visite médicale
- Le compte-rendu de votre médecin de rééducation ou de votre chirurgien
- Le bilan ergothérapeutique de conduite si réalisé
- La description de votre appareillage (prothèse, orthèse) et son état de fonctionnement
Le remboursement des aménagements de véhicule
Les aménagements de véhicule prescrits pour des raisons médicales peuvent bénéficier d'aides financières, notamment via :
- La Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) : Prestation de Compensation du Handicap (PCH) pouvant couvrir les aménagements de véhicule.
- L'Assurance maladie dans certains cas de rééducation post-accident.
- Les mutuelles complémentaires selon les contrats.
Les personnes en situation de handicap dont le taux d'incapacité est ≥ 50 % bénéficient en plus de la gratuité de la visite médicale du permis (arrêté du 1er février 2016).
Récapitulatif selon le groupe de permis
Groupe 1 — permis A, A1, A2, B1, B, BE {#groupe-1}
| Situation | Compatibilité |
|---|---|
| Amputation membre supérieur unilatérale | Compatible avec aménagement (boule au volant + boîte automatique) |
| Amputation membre inférieur unilatérale | Compatible avec prothèse + accélérateur ou frein adapté |
| Paraplégie | Compatible avec commandes manuelles intégrales (codes 20 + 25) |
| Hémiplégie post-AVC | Compatible avec aménagements adaptés + bilan multidisciplinaire |
| Prothèse hanche/genou simple | Compatible, pas de démarche spécifique (sauf séquelles) |
| Pathologies rhumatologiques évolutives | Évaluation au cas par cas |
Aptitude souvent assortie de codes harmonisés sur le permis. Voir notre Résultat de la visite médicale pour la liste des codes.
Groupe 2 — permis professionnels C, C1, CE, C1E, D, D1, DE, D1E {#groupe-2}
Pour la conduite professionnelle, les critères sont nettement plus stricts en raison de la fatigue, des longues distances et de l'exigence de manœuvres techniques.
| Situation | Compatibilité |
|---|---|
| Amputation membre unilatérale | Possible avec aménagements, évaluation rapprochée |
| Paraplégie / tétraplégie | Généralement incompatible |
| Hémiplégie | Restrictif, évaluation au cas par cas |
| Pathologies évolutives (myopathie, SLA, SEP active) | Souvent incompatible |
| Prothèse stabilisée | Possible après évaluation médico-professionnelle |
Avis du médecin du travail souvent requis pour le maintien dans l'emploi, en complément de l'avis du médecin agréé.
Sources
- Arrêté du 28 mars 2022 relatif aux affections médicales et au permis de conduire, section "Appareil locomoteur" et codes d'aménagement : Légifrance
- Service-public.fr — Permis de conduire et handicap : service-public.fr
- MDPH — Prestation de Compensation du Handicap (PCH) pour aménagement de véhicule : mdph.fr