Handicap moteur et permis de conduire : conduire avec un aménagement
Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permis — Classe V (appareil locomoteur).
Un handicap moteur n'est pas une cause automatique d'inaptitude à la conduite. Dans de nombreux cas, il est possible de conduire en adaptant le véhicule ou en obtenant des restrictions spécifiques sur le permis. L'arrêté du 28 mars 2022 prévoit des dispositions spécifiques pour les conducteurs présentant une déficience des membres.
Le principe : compatibilité avec aménagement
Le médecin agréé évalue si vous êtes en mesure d'actionner les commandes essentielles du véhicule de façon sûre et efficace, avec ou sans aménagement. Si un aménagement permet de rétablir cette capacité, l'aptitude peut être accordée avec restriction.
Cette restriction est alors mentionnée sur votre permis de conduire sous forme d'un code harmonisé européen (par exemple : code 10.02 pour la boîte automatique, code 20 pour un freinage adapté, code 25 pour un accélérateur adapté). Le médecin agréé peut inscrire lui-même la boîte ou l'embrayage automatique (10.02, 15.03) et les rétroviseurs (42) ; pour les autres aménagements, il signale le besoin et l'inspecteur du permis fixe les codes après un essai sur route (guide de la Sécurité routière).
Types d'aménagements possibles
Boîte de vitesses automatique (code 10.02)
Si vous ne pouvez pas utiliser une boîte manuelle (amputation d'un membre, paralysie d'un bras, hémiplégie), votre permis peut être restreint à la conduite de véhicules équipés d'une boîte automatique (code 10.02, ou 15.03 pour l'embrayage automatique). À noter : le code 78 est une mention administrative, inscrite quand l'examen pratique a été passé sur une boîte automatique ; ce n'est pas un code médical.
Commandes manuelles d'accélération et de freinage (codes 20 et 25)
Pour les personnes ne pouvant pas utiliser les pédales (paralysie des membres inférieurs, amputation), des commandes manuelles permettent d'accélérer et de freiner sans pied : codes 20 (freinage adapté) et 25 (accélération adaptée), avec des sous-codes précisant le type d'adaptation. L'ergothérapeute peut recommander les dispositifs adaptés ; les codes correspondants sont fixés par l'inspecteur du permis après un essai sur route.
Aides à la direction (codes 40 et sous-codes)
Un pommeau au volant (« boule au volant », code 40.11) ou une assistance à la direction renforcée peut être recommandé en cas d'usage d'un seul bras. À noter : le code 40.01 désigne la direction à force réduite (assistance), à ne pas confondre avec la boule au volant.
Prothèses et orthèses
Le port d'une prothèse fonctionnelle peut être requis pour la conduite. Le médecin agréé précise si la conduite est possible avec la prothèse et indique cette obligation sur le formulaire Cerfa.
Rôle de l'ergothérapeute
Dans les situations complexes (paralysie partielle, amputation bilatérale, troubles neuromusculaires évolutifs), il est recommandé de consulter un ergothérapeute spécialisé dans l'évaluation des capacités à conduire. Ces professionnels réalisent des bilans de conduite dans des centres spécialisés (souvent associés à des centres de rééducation) pour déterminer les aménagements les mieux adaptés à votre situation.
Des centres d'évaluation de la conduite adaptée existent dans de nombreuses régions. Votre médecin agréé ou votre médecin traitant peut vous orienter vers le centre le plus proche.
Après un accident ou une maladie invalidante
Si vous avez subi un accident ou une maladie ayant entraîné un handicap moteur (AVC avec hémiplégie, amputation post-traumatique, lésion médullaire, sclérose en plaques, etc.), la reprise de la conduite est possible dans de nombreux cas, sous conditions :
- Rééducation et bilan fonctionnel : le médecin de rééducation évalue votre récupération.
- Bilan de conduite chez un ergothérapeute spécialisé si nécessaire.
- Visite médicale auprès d'un médecin agréé avec les documents de suivi.
- Adaptation du véhicule par un professionnel spécialisé dans l'aménagement des véhicules.
- Formation complémentaire si les commandes sont modifiées : certains assureurs et auto-écoles proposent des cours de conduite adaptée.
Ce que vous devez apporter à la visite médicale
- Le compte-rendu de votre médecin de rééducation ou de votre chirurgien
- Le bilan ergothérapeutique de conduite si réalisé
- La description de votre appareillage (prothèse, orthèse) et son état de fonctionnement
Le remboursement des aménagements de véhicule
Les aménagements de véhicule prescrits pour des raisons médicales peuvent bénéficier d'aides financières, notamment via :
- La Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) : Prestation de Compensation du Handicap (PCH) pouvant couvrir les aménagements de véhicule.
- L'Assurance maladie dans certains cas de rééducation post-accident.
- Les mutuelles complémentaires selon les contrats.
Les visites médicales du permis des personnes handicapées titulaires du permis sont gratuites pour elles (article L. 243-7 du code de l'action sociale et des familles) ; service-public.fr retient un taux d'invalidité reconnu égal ou supérieur à 50 %.
Récapitulatif selon le groupe de permis
Groupe 1 — permis A, A1, A2, B1, B, BE {#groupe-1}
| Situation | Compatibilité |
|---|---|
| Amputation membre supérieur unilatérale | Compatible avec aménagement (boule au volant + boîte automatique) |
| Amputation membre inférieur unilatérale | Compatible avec prothèse + accélérateur ou frein adapté |
| Paraplégie | Compatible avec commandes manuelles intégrales (codes 20 + 25) |
| Hémiplégie post-AVC | Compatible avec aménagements adaptés + bilan multidisciplinaire |
| Prothèse hanche/genou simple | Compatible, pas de démarche spécifique (sauf séquelles) |
| Pathologies rhumatologiques évolutives | Évaluation au cas par cas |
Aptitude souvent assortie de codes harmonisés sur le permis. Voir notre Résultat de la visite médicale pour la liste des codes.
Groupe 2 — permis professionnels C, C1, CE, C1E, D, D1, DE, D1E {#groupe-2}
Pour la conduite professionnelle, l'arrêté retient le plus souvent une compatibilité avec aménagement selon l'évaluation (§5.1 à §5.5) ; l'évaluation tient compte de la fatigue, des longues distances et des manœuvres techniques.
| Situation | Compatibilité |
|---|---|
| Amputation membre unilatérale | Compatibilité avec aménagement selon l'évaluation (§5.1, §5.2) |
| Paraplégie | Compatibilité avec aménagement selon l'évaluation (§5.2.2) |
| Tétraplégie | Évaluation au cas par cas selon les capacités résiduelles (§5.5) |
| Hémiplégie | Après stabilisation et bilan pluriprofessionnel, compatibilité ou incompatibilité définitive (§4.4.3.2), aménagements selon l'évaluation |
| Pathologies neurologiques évolutives (myopathie, SLA, SEP) | Incompatibles jusqu'à avis spécialisé et bilan, puis compatibilité ou incompatibilité définitive (§4.4.5) |
| Prothèse stabilisée | Possible après évaluation médico-professionnelle |
Avis du médecin du travail souvent requis pour le maintien dans l'emploi, en complément de l'avis du médecin agréé.
Sources
- Arrêté du 28 mars 2022 relatif aux affections médicales et au permis de conduire, classe V (appareil locomoteur) : Légifrance
- Service-public.fr — Contrôle médical du permis de conduire (dont la gratuité) : service-public.gouv.fr
- Sécurité routière — Guide des codes pouvant être apposés sur le permis pour des raisons médicales (2025) : securite-routiere.gouv.fr
- MDPH de votre département — Prestation de compensation du handicap (PCH) pour l'aménagement du véhicule ; coordonnées sur monparcourshandicap.gouv.fr
- Voiture et Handicap (Handynamic) — Permis adapté : quelles mentions pour quels aménagements : voiture-et-handicap.fr