Médicaments et conduite : que faut-il déclarer à la visite médicale ?
Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permis — Classe IV (neurologie, psychiatrie, addictions) (médicaments et substances).
Lors de votre visite médicale pour le permis de conduire, le médecin agréé vous demandera la liste de vos médicaments en cours. Certains traitements peuvent affecter votre capacité à conduire en toute sécurité — et dans certains cas, ils peuvent influencer l'avis d'aptitude.
Pourquoi les médicaments sont-ils évalués ?
Certaines molécules agissent sur le système nerveux central et peuvent entraîner :
- Somnolence ou baisse de la vigilance
- Ralentissement des réflexes
- Troubles de la vision (flou, photosensibilité)
- Vertiges ou hypotension (notamment à l'initiation du traitement)
- Altération du jugement ou de la coordination
Le médecin agréé ne cherche pas à vous sanctionner mais à évaluer si votre traitement représente un risque pour la conduite dans votre situation personnelle.
Le pictogramme médicament et conduite : niveaux 1, 2 et 3
En France, les médicaments susceptibles d'affecter la conduite sont identifiés par un pictogramme sur la boîte, gradué en trois niveaux :
- Niveau 1 — pictogramme jaune : soyez prudent — ne pas conduire sans avoir lu la notice
- Niveau 2 — pictogramme orange : soyez très prudent — ne pas conduire sans l'avis d'un professionnel de santé
- Niveau 3 — pictogramme rouge : attention, danger — ne pas conduire ; pour la reprise de la conduite, demandez l'avis d'un médecin
Ce système, régi par l'article R5121-139 du Code de la santé publique et l'arrêté du 8 août 2008, s'applique aux médicaments vendus en France. Vérifiez le pictogramme sur vos boîtes.
Médicaments à signaler systématiquement
Benzodiazépines et apparentés (somnifères, anxiolytiques)
Parmi les plus courants : diazépam (Valium), lorazépam (Temesta), alprazolam (Xanax), zolpidem (Stilnox), zopiclone. Ces molécules provoquent une sédation significative et altèrent les réflexes. Leur prise est particulièrement incompatible avec la conduite dans les premières heures suivant l'ingestion.
Un traitement chronique par benzodiazépines ne signifie pas automatiquement l'inaptitude, mais le médecin agréé évalue si votre état de vigilance habituel est compatible avec la conduite.
Antihistaminiques de première génération
Dexchlorphéniramine (Polaramine), hydroxyzine (Atarax), prométhazine (Phénergan)... Ces antihistaminiques « sédatifs » peuvent provoquer une somnolence importante, notamment en début de traitement. Selon la substance, la forme et l'AMM, ils portent généralement un pictogramme orange ou rouge (niveau 2 ou 3) : vérifiez la boîte au cas par cas.
Les antihistaminiques de deuxième génération (cétirizine, loratadine, fexofénadine, desloratadine) sont en général mieux tolérés sur ce point et compatibles avec la conduite à doses recommandées. Restez toutefois attentif aux premières prises : si vous ressentez de la somnolence, ne prenez pas le volant.
Antidépresseurs
Les antidépresseurs tricycliques (amitriptyline, clomipramine) sont fortement sédatifs. Les ISRS et IRSNA modernes ont beaucoup moins d'effets sur la vigilance. Néanmoins, en début de traitement, une certaine sédation peut apparaître.
Antiépileptiques
Les médicaments antiépileptiques (carbamazépine, valproate, lévétiracétam, lamotrigine...) peuvent provoquer une somnolence, des vertiges ou une instabilité. L'aptitude à la conduite pour les épileptiques traités est évaluée globalement (voir l'article Épilepsie et permis de conduire).
Opioïdes et antalgiques puissants
La morphine, la codéine à forte dose, le tramadol, l'oxycodone et autres opioïdes altèrent la vigilance et les réflexes. Un traitement de longue durée à posologie stable peut être toléré si l'état clinique est stabilisé, mais une initiation récente ou une augmentation de dose nécessite prudence.
Antiparkinsoniens
Les traitements de la maladie de Parkinson (lévodopa, agonistes dopaminergiques) peuvent provoquer des attaques de sommeil soudaines — une cause d'incompatibilité reconnue. Le médecin évalue le risque au cas par cas.
Corticoïdes à forte dose
Des doses élevées de corticoïdes (cortisone, prednisone) peuvent entraîner des troubles de l'humeur, de l'agitation ou une altération du jugement.
Médicaments pour la tension et les vertiges
Certains antihypertenseurs peuvent provoquer une hypotension orthostatique (baisse de tension en se levant), et certains médicaments anti-vertiges ont des effets sédatifs.
Ce que vous devez faire
- Listez tous vos médicaments avant la visite, y compris les traitements "banals" (antihistaminiques, somnifères sans ordonnance).
- Apportez vos ordonnances le jour de la visite.
- Soyez transparent avec le médecin agréé — ces informations sont couvertes par le secret médical.
- Consultez les pictogrammes sur vos boîtes de médicaments.
Et si mon médecin traitant n'a pas mentionné l'effet sur la conduite ?
Vous pouvez lui poser la question directement, ou consulter la notice de chaque médicament (section "conduite de véhicules et utilisation de machines"). Le site de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) publie également des informations sur les médicaments et la conduite.
Sources
- Arrêté du 28 mars 2022 relatif aux affections médicales et au permis de conduire : Légifrance
- Article R5121-139 du Code de la santé publique et arrêté du 8 août 2008 relatifs au pictogramme médicament et conduite : Légifrance
- ANSM — Médicaments et conduite automobile : ansm.sante.fr
- Service-public.fr — Médicaments et permis de conduire : service-public.fr