Par Dr Adrien Salles Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Publié le · Mis à jour le

Médicaments et conduite : que faut-il déclarer à la visite médicale ?

Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permisClasse IV (neurologie, psychiatrie, addictions) (médicaments et substances).

Lors de votre visite médicale pour le permis de conduire, le médecin agréé vous demandera la liste de vos médicaments en cours. Certains traitements peuvent affecter votre capacité à conduire en toute sécurité — et dans certains cas, ils peuvent influencer l'avis d'aptitude.

Pourquoi les médicaments sont-ils évalués ?

Certaines molécules agissent sur le système nerveux central et peuvent entraîner :

Le médecin agréé ne cherche pas à vous sanctionner mais à évaluer si votre traitement représente un risque pour la conduite dans votre situation personnelle.

Le pictogramme médicament et conduite : niveaux 1, 2 et 3

En France, les médicaments susceptibles d'affecter la conduite sont identifiés par un pictogramme sur la boîte, gradué en trois niveaux :

Ce système, régi par l'article R5121-139 du Code de la santé publique et l'arrêté du 8 août 2008, s'applique aux médicaments vendus en France. Vérifiez le pictogramme sur vos boîtes.

Médicaments à signaler systématiquement

Benzodiazépines et apparentés (somnifères, anxiolytiques)

Parmi les plus courants : diazépam (Valium), lorazépam (Temesta), alprazolam (Xanax), zolpidem (Stilnox), zopiclone. Ces molécules provoquent une sédation significative et altèrent les réflexes. Leur prise est particulièrement incompatible avec la conduite dans les premières heures suivant l'ingestion.

Un traitement chronique par benzodiazépines ne signifie pas automatiquement l'inaptitude, mais le médecin agréé évalue si votre état de vigilance habituel est compatible avec la conduite.

Antihistaminiques de première génération

Dexchlorphéniramine (Polaramine), hydroxyzine (Atarax), prométhazine (Phénergan)... Ces antihistaminiques « sédatifs » peuvent provoquer une somnolence importante, notamment en début de traitement. Selon la substance, la forme et l'AMM, ils portent généralement un pictogramme orange ou rouge (niveau 2 ou 3) : vérifiez la boîte au cas par cas.

Les antihistaminiques de deuxième génération (cétirizine, loratadine, fexofénadine, desloratadine) sont en général mieux tolérés sur ce point et compatibles avec la conduite à doses recommandées. Restez toutefois attentif aux premières prises : si vous ressentez de la somnolence, ne prenez pas le volant.

Antidépresseurs

Les antidépresseurs tricycliques (amitriptyline, clomipramine) sont fortement sédatifs. Les ISRS et IRSNA modernes ont beaucoup moins d'effets sur la vigilance. Néanmoins, en début de traitement, une certaine sédation peut apparaître.

Antiépileptiques

Les médicaments antiépileptiques (carbamazépine, valproate, lévétiracétam, lamotrigine...) peuvent provoquer une somnolence, des vertiges ou une instabilité. L'aptitude à la conduite pour les épileptiques traités est évaluée globalement (voir l'article Épilepsie et permis de conduire).

Opioïdes et antalgiques puissants

La morphine, la codéine à forte dose, le tramadol, l'oxycodone et autres opioïdes altèrent la vigilance et les réflexes. Un traitement de longue durée à posologie stable peut être toléré si l'état clinique est stabilisé, mais une initiation récente ou une augmentation de dose nécessite prudence.

Antiparkinsoniens

Les traitements de la maladie de Parkinson (lévodopa, agonistes dopaminergiques) peuvent provoquer des attaques de sommeil soudaines — une cause d'incompatibilité reconnue. Le médecin évalue le risque au cas par cas.

Corticoïdes à forte dose

Des doses élevées de corticoïdes (cortisone, prednisone) peuvent entraîner des troubles de l'humeur, de l'agitation ou une altération du jugement.

Médicaments pour la tension et les vertiges

Certains antihypertenseurs peuvent provoquer une hypotension orthostatique (baisse de tension en se levant), et certains médicaments anti-vertiges ont des effets sédatifs.

Ce que vous devez faire

  1. Listez tous vos médicaments avant la visite, y compris les traitements "banals" (antihistaminiques, somnifères sans ordonnance).
  2. Apportez vos ordonnances le jour de la visite.
  3. Soyez transparent avec le médecin agréé — ces informations sont couvertes par le secret médical.
  4. Consultez les pictogrammes sur vos boîtes de médicaments.

Et si mon médecin traitant n'a pas mentionné l'effet sur la conduite ?

Vous pouvez lui poser la question directement, ou consulter la notice de chaque médicament (section "conduite de véhicules et utilisation de machines"). Le site de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) publie également des informations sur les médicaments et la conduite.


Sources

Questions fréquentes

C'est quoi un médicament de niveau 2 pour la conduite ?

Le niveau 2 correspond au pictogramme orange : « Soyez très prudent. Ne pas conduire sans l'avis d'un professionnel de santé ». La conduite reste possible, mais seulement après avis du médecin ou du pharmacien, qui apprécie l'effet du traitement sur votre vigilance.

Peut-on conduire avec un médicament de niveau 3 ?

Le niveau 3 correspond au pictogramme rouge : « Attention, danger : ne pas conduire ». La conduite est déconseillée pendant le traitement ; la reprise se fait uniquement sur avis médical. Ne l'arrêtez jamais de vous-même : parlez-en à votre médecin.

Faut-il déclarer ses médicaments à la visite médicale du permis ?

Oui. Le médecin agréé vous demande la liste de vos traitements en cours. Il évalue si certains, par leur effet sur la vigilance ou les réflexes, présentent un risque pour la conduite dans votre situation — l'objectif est la sécurité, pas la sanction.