Troubles psychiatriques et permis de conduire
Un suivi psychiatrique n'est pas une cause automatique d'inaptitude à la conduite. Dans la grande majorité des cas, une personne atteinte d'un trouble psychiatrique bien stabilisé peut conduire normalement. Mais certaines situations — épisodes aigus, traitements sédatifs, troubles sévères — peuvent justifier une incompatibilité temporaire ou définitive.
Le principe : la stabilité clinique prime
Ce que le médecin agréé évalue, ce n'est pas votre diagnostic, mais votre état clinique actuel : êtes-vous stable ? Votre traitement affecte-t-il votre vigilance ou votre capacité de jugement ? Avez-vous présenté des comportements dangereux liés à votre pathologie ?
L'arrêté du 28 mars 2022 identifie plusieurs catégories de troubles relevant d'une évaluation spécifique.
Dépression
La dépression modérée ou légère, bien traitée, est en général compatible avec la conduite. Un épisode dépressif sévère — notamment avec idéations suicidaires, agitation psychomotrice ou traitement très sédatif — peut justifier une incompatibilité temporaire le temps de la stabilisation.
Les antidépresseurs de première génération (tricycliques) peuvent provoquer une sédation. Les antidépresseurs modernes (ISRS, IRSNA) ont généralement moins d'effet sur la vigilance. Signalez vos médicaments au médecin agréé.
Troubles bipolaires
Le trouble bipolaire est compatible avec la conduite en phase de rémission stable. En revanche :
- Un épisode maniaque ou hypomaniaque actif est incompatible (altération du jugement, désinhibition, prise de risque excessive).
- Un épisode dépressif sévère peut aussi justifier une incompatibilité temporaire.
L'aptitude est généralement accordée à titre temporaire avec réévaluation régulière.
Troubles psychotiques (schizophrénie, psychose)
Les troubles psychotiques sévères (schizophrénie, troubles délirants persistants) font l'objet d'une évaluation rigoureuse. La conduite peut être compatible en dehors des épisodes aigus, si :
- Le tableau clinique est stabilisé depuis un délai suffisant
- Le traitement antipsychotique n'entraîne pas une sédation incompatible avec la conduite
- Un avis psychiatrique favorable récent est disponible
Les épisodes psychotiques aigus (hallucinations actives, délire floride, désorganisation comportementale) sont incompatibles avec la conduite.
Troubles anxieux
Les troubles anxieux (TAG, trouble panique, agoraphobie) sont en général compatibles avec la conduite. Les crises de panique en voiture peuvent nécessiter une évaluation, mais elles n'entraînent pas d'inaptitude en l'absence d'altération de la conscience ou de comportement dangereux.
Certains anxiolytiques (benzodiazépines notamment) peuvent altérer la vigilance et les réflexes — voir l'article sur les médicaments et la conduite.
Troubles de l'usage de l'alcool et addictions
Les addictions (alcool, cannabis, opioïdes, stimulants) sont traitées séparément. Voir l'article Alcool, drogues et permis de conduire.
Ce que vous devez apporter à la visite médicale
- Une attestation de votre psychiatre ou médecin traitant mentionnant la stabilité de votre état clinique
- La liste de vos médicaments en cours (antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques, stabilisateurs de l'humeur) avec les dosages
- Si applicable, le compte-rendu de la dernière hospitalisation ou du dernier épisode aigu
Le secret médical vous protège
Le médecin agréé est soumis au secret médical. Les informations que vous lui confiez restent confidentielles, sauf obligation légale de signalement à la préfecture dans les cas prévus par la loi. Vous pouvez parler librement de votre situation psychiatrique sans craindre que ces informations soient transmises à votre employeur ou à des tiers.
Sources
- Arrêté du 28 mars 2022 relatif aux affections médicales et au permis de conduire, section "Troubles psychiatriques et comportementaux" : Légifrance
- Directive 2006/126/CE du Parlement européen, annexe III : EUR-Lex