Par Dr Adrien Salles — Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel

L'éthylotest anti-démarrage (EAD) bloque le démarrage du véhicule si le taux d'alcool dépasse 0,10 mg/l d'air expiré, seuil fixé par le décret 2019-871. Il peut être imposé par le juge, décidé par le préfet comme alternative à la suspension, ou résulter d'un avis de la commission médicale : seules les commissions médicales peuvent rendre un avis d'aptitude temporaire avec obligation d'EAD, assorti d'un stage en addictologie. Le médecin agréé de ville ne le prescrit pas, et le renouvellement de ces aptitudes reste du ressort de la commission.

Éthylotest anti-démarrage (EAD) : ce que le médecin agréé doit savoir

Un dispositif en développement

L'éthylotest anti-démarrage (EAD) est un dispositif électronique installé dans le véhicule qui empêche le démarrage du moteur si le conducteur souffle un taux d'alcool supérieur au seuil légal. Utilisé depuis longtemps dans les pays nordiques et en Amérique du Nord, il se déploie progressivement en France comme alternative ou complément à la suspension du permis.


Principe de fonctionnement

Le dispositif

L'EAD est un éthylomètre couplé au système de démarrage du véhicule :

  1. Avant de démarrer, le conducteur souffle dans l'appareil
  2. Si le taux d'alcool est inférieur au seuil (0,10 mg/l d'air expiré, soit 0,20 g/l de sang — seuil légal applicable aux conducteurs sous EAD fixé par le décret 2019-871) → le véhicule peut démarrer
  3. Si le taux est supérieur au seuil → le démarrage est bloqué
  4. Des re-tests aléatoires en cours de trajet demandent au conducteur de souffler à nouveau (lors d'un arrêt)

Données enregistrées

L'appareil enregistre toutes les tentatives de soufflage (réussies et échouées), les re-tests, et les tentatives de contournement. Ces données sont transmises périodiquement au centre de suivi et peuvent être consultées par les autorités.


Historique

Deux modes de prescription

1. EAD judiciaire (peine complémentaire)

Le tribunal peut condamner un conducteur reconnu coupable de conduite sous l'emprise de l'alcool à l'installation d'un EAD sur son véhicule, en remplacement ou en complément de la suspension du permis.

Le procureur peut aussi proposer l'EAD dans le cadre d'une composition pénale : on reste alors dans le registre judiciaire.

2. EAD décidé par le préfet (alternative à la suspension)

Après une infraction d'alcoolémie, le préfet peut restreindre le droit de conduire aux véhicules équipés d'un EAD au lieu de suspendre le permis. Le guide de la Sécurité routière sur les codes médicaux rattache cette mesure au code restrictif 100 (article R.224-6 du code de la route), à ne pas confondre avec le code médical 69.

3. EAD sur avis de la commission médicale (code 69)

Seules les commissions médicales primaires ou d'appel peuvent rendre un avis d'aptitude temporaire avec obligation de conduire un véhicule équipé d'un EAD (arrêté du 31 juillet 2012, article 5 V). Selon l'arrêté du 28 mars 2022 (article 7 et annexe IV), la commission le propose, le préfet décide, et la reprise de la conduite s'accompagne d'un stage de 6 à 12 mois dans un établissement spécialisé en addictologie.


Le rôle du médecin dans le dispositif EAD

En commission médicale

La commission médicale (primaire ou d'appel) peut proposer une aptitude temporaire avec obligation d'EAD pour un conducteur dont le trouble de l'usage de l'alcool le justifie ; le préfet décide (arrêté du 28 mars 2022, article 7 et annexe IV).

La commission évalue :

En tant que médecin agréé de ville

Le médecin agréé de ville ne prescrit pas l'EAD et n'assure pas le renouvellement des aptitudes temporaires rendues par la commission : celle-ci « reste seule compétente » pour le nouveau contrôle à l'échéance (arrêté du 31 juillet 2012, article 5 III), et l'attestation de stage lui est remise lors de ce contrôle (annexe IV de l'arrêté du 28 mars 2022). Son rôle est plutôt de :


Avantages du dispositif

Pour la sécurité routière

Pour le conducteur

Pour la commission médicale


Limites et critiques


Perspectives

L'EAD s'inscrit dans une logique de prévention tertiaire (empêcher la récidive) plutôt que de simple sanction. Son développement en France est soutenu par :

Le médecin agréé, surtout s'il siège en commission, est amené à intégrer l'EAD dans l'évaluation des conducteurs à risque alcool.


Sources