Par Dr Adrien Salles Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Mis à jour le

Reprendre la conduite après un AVC : délais et démarches

Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permisClasse IV (neurologie).

Un accident vasculaire cérébral (AVC), même bien récupéré, peut affecter la conduite : troubles moteurs, troubles cognitifs, hémianopsie, négligence spatiale, fatigue. La règle n'est jamais « reprendre immédiatement », mais elle n'est pas non plus « jamais reprendre ». L'évaluation est individuelle, encadrée par l'arrêté du 28 mars 2022 et les recommandations HAS.

Pourquoi un délai d'incompatibilité ?

Après un AVC ou un AIT (accident ischémique transitoire), trois risques motivent l'arrêt temporaire de la conduite :

  1. Récidive précoce : le risque est statistiquement le plus élevé dans les premières semaines.
  2. Troubles non perçus par le patient : hémianopsie latérale homonyme, négligence spatiale unilatérale, troubles des fonctions exécutives — souvent invisibles à l'auto-évaluation mais cruciaux pour la conduite.
  3. Adaptation au handicap : si des séquelles motrices ou sensorielles persistent, la rééducation et parfois des aménagements du véhicule sont nécessaires.

Délais de reprise selon la gravité

L'arrêté du 28 mars 2022 retient une incompatibilité temporaire dont la durée dépend de la nature et de l'importance des séquelles, avec avis spécialisé systématique. Les recommandations HAS (2016) précisent :

Situation Délai minimal indicatif (groupe 1)
AIT sans séquelle 15 jours minimum
AVC mineur sans rééducation nécessaire 15 jours à 1 mois
AVC avec rééducation et séquelles fonctionnelles Évaluation à au moins 1 mois après l'AVC
AVC avec déficit cognitif, négligence, hémianopsie Bilan ergothérapeute + neuropsy + avis neurologique avant reprise

Pour le groupe 2 (poids lourds, transport en commun), les délais sont plus longs et les exigences plus strictes.

L'évaluation : qui, quoi, comment ?

Le médecin agréé

Il rend l'avis d'aptitude final. Il ne mène pas tous les examens lui-même mais s'appuie sur l'expertise des spécialistes.

Le neurologue traitant

Il évalue la stabilité de l'état neurologique, le risque de récidive, et identifie les séquelles invisibles à l'examen général.

L'ophtalmologue

Il dépiste une hémianopsie latérale homonyme (perte d'un demi-champ visuel) ou un autre trouble du champ visuel qui peut subsister sans plainte du patient. C'est un examen-clé après tout AVC postérieur.

Le neuropsychologue

Il évalue les fonctions cognitives : attention, fonctions exécutives, vitesse de traitement, négligence spatiale, mémoire de travail — tous éléments cruciaux pour la conduite.

L'ergothérapeute

Il est souvent l'acteur central. Il peut :

Aménagements du véhicule possibles

Si vous avez des séquelles motrices, le véhicule peut être adapté :

Ces aménagements seront mentionnés sur votre permis comme codes restrictifs européens (voir résultat de la visite médicale).

Combien de temps mon aptitude sera-t-elle valable ?

Après un AVC, le médecin agréé délivre généralement une aptitude temporaire :

Une récidive d'AVC entraîne un nouveau cycle d'incompatibilité temporaire + bilan.

Que faire si je suis déclaré inapte ?

Vous pouvez :

  1. Demander une nouvelle évaluation après quelques mois de rééducation supplémentaire — souvent, les séquelles cognitives s'améliorent ;
  2. Saisir la commission médicale d'appel (voir Comment contester un avis d'inaptitude) ;
  3. Travailler avec un ergothérapeute pour identifier les aménagements qui rendraient votre aptitude possible.

Bonnes pratiques après un AVC


En résumé

Étape Action
Phase aiguë Pas de conduite, hospitalisation et bilan
AIT ou AVC mineur (15 j-1 mois) Évaluation médecin agréé, généralement aptitude reprise
AVC avec séquelles Bilan multi-spécialiste avant évaluation médecin agréé
Aménagements de véhicule À discuter avec ergothérapeute si nécessaire
Suivi Aptitude temporaire 6 mois à 5 ans selon stabilité

Pour aller plus loin


Sources