Par Dr Adrien Salles — Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Publié le · Mis à jour le
Pourquoi devenir médecin agréé pour le permis de conduire ?
Une activité méconnue mais essentielle
Chaque année, des centaines de milliers de conducteurs français doivent passer une visite médicale pour obtenir, renouveler ou récupérer leur permis de conduire. Suspension, annulation, invalidation, permis professionnel, affection médicale : les motifs sont variés et le besoin est constant.
Pourtant, le nombre de médecins agréés est en tension dans de nombreux départements. Les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous dépassent parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois. La réforme de mars 2025, en supprimant la limite d'âge de 75 ans et en facilitant les conditions d'agrément, traduit la volonté des pouvoirs publics d'élargir le vivier de praticiens.
Un volume d'activité stable et prévisible
Les sources de patients
Le flux de patients nécessitant une visite médicale du permis est alimenté par plusieurs sources :
Suspensions administratives et judiciaires : environ 130 000 suspensions par an en France (source : ONISR). Chaque conducteur suspendu plus de 1 mois doit passer une visite médicale avant restitution.
Annulations judiciaires : environ 80 000 par an. Visite médicale obligatoire avant de repasser le permis.
Invalidations (solde de points nul) : environ 70 000 par an. Même procédure.
Permis professionnels : les titulaires de permis C, D, E (poids lourds, transport de personnes), les chauffeurs de taxi, VTC et ambulanciers doivent passer une visite périodique selon des fréquences qui se resserrent avec l'âge (article R221-11 du code de la route). Pour le groupe lourd C, la visite est tous les 5 ans, puis tous les 2 ans à partir de 60 ans et tous les ans à partir de 76 ans ; pour le groupe D (transport de personnes), elle devient annuelle dès 60 ans.
Affections médicales : patients dont l'aptitude temporaire arrive à échéance (diabète insulino-traité, épilepsie contrôlée, post-AVC, etc.).
Visites prescrites par le préfet : signalements par le médecin traitant, la famille ou les forces de l'ordre.
Régularité de la demande
Contrairement à certaines activités saisonnières, la demande de visites médicales est régulière tout au long de l'année, avec un léger pic en début d'année (résolutions, fins de suspension). C'est un flux prévisible qui s'intègre facilement dans un planning de cabinet.
Un complément de revenus non négligeable
Simulation d'activité
Volume hebdomadaire
Honoraires bruts/an (estimation)
5 visites/semaine (1 par jour)
~8 600 €
10 visites/semaine (2 par jour)
~17 300 €
20 visites/semaine (demi-journée dédiée)
~34 600 €
Base : 36 € d'honoraires × 48 semaines travaillées. Avant charges sociales et impôts.
Ces estimations supposent un cabinet en zone avec une demande suffisante. En pratique, les médecins agréés situés dans des zones sous-dotées (de nombreux départements ruraux) n'ont aucune difficulté à remplir leurs créneaux.
Un acte rapide
Une visite médicale standard dure 20 à 30 minutes. Pour un médecin organisé, avec un pré-remplissage du Cerfa et un questionnaire de santé transmis en amont, la visite peut être optimisée sans sacrifier la qualité de l'examen.
Une mission de santé publique
Au-delà de l'aspect financier, l'activité de médecin agréé participe directement à la sécurité routière. Le médecin agréé est un acteur de prévention :
Il identifie les conducteurs dont l'état de santé est incompatible avec la conduite
Il détecte des pathologies parfois méconnues du patient (troubles visuels, cognitifs, cardiovasculaires)
Il oriente vers des spécialistes ou des examens complémentaires
Il accompagne les conducteurs en situation de handicap vers des solutions adaptées
Le rapport du CNOM (octobre 2024) souligne l'importance de cette mission et recommande un renforcement du rôle du médecin dans la prévention routière.
Un cadre d'exercice structuré
Formation initiale
Depuis la réforme du 3 mars 2025, la formation initiale est de 14 heures (10h de modules médicaux en présentiel + 4h de modules administratifs et épidémiologiques, possibles en distanciel). Cette formation est dispensée par des organismes agréés et couvre l'ensemble des compétences nécessaires.
Formation continue
La formation continue est de 6 heures par renouvellement (doublée par la réforme 2025). Elle permet de rester à jour sur les évolutions réglementaires et les bonnes pratiques cliniques.
Agrément
L'agrément est délivré par le préfet pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les conditions sont détaillées dans l'article dédié (01-devenir-medecin-agree).
Profils de médecins agréés
L'activité de médecin agréé attire des profils variés :
Médecins généralistes installés : complément d'activité intégré au cabinet, 1 à 2 demi-journées par semaine
Médecins remplaçants : activité stable entre deux remplacements
Médecins retraités : depuis la suppression de la limite d'âge de 75 ans (réforme 2025), les médecins retraités actifs peuvent obtenir ou conserver l'agrément
Médecins salariés en exercice mixte : certains médecins salariés (centres de santé, médecine du travail) exercent en parallèle une activité de médecin agréé en libéral
Spécialistes : ophtalmologues, cardiologues, neurologues — leur expertise est particulièrement précieuse pour les cas complexes
Se lancer : les étapes
Vérifier les conditions d'éligibilité (inscription à l'Ordre, absence de sanction disciplinaire)
Suivre la formation initiale de 14 heures auprès d'un organisme agréé
Déposer un dossier auprès de la préfecture de son département d'exercice
Obtenir l'arrêté d'agrément (délai variable selon les préfectures)
Organiser son activité : créneaux dédiés, matériel d'examen, gestion administrative
Se rendre visible : inscription sur les listes préfectorales, référencement en ligne
Medipermis accompagne les médecins agréés dès le lancement de leur activité : référencement auprès des patients, prise de rendez-vous en ligne, gestion du Cerfa et du dossier patient. La plateforme permet de démarrer rapidement avec un workflow structuré et de se concentrer sur l'essentiel : l'examen médical.
Sources
Arrêté du 3 mars 2025 — Réforme de l'agrément — Légifrance
Arrêté du 31 juillet 2012 — Organisation du contrôle médical — Légifrance
Arrêté du 1er février 2016 — Honoraires — Légifrance
Rapport CNOM (octobre 2024) — « Prévention et sécurité routière : quelle place pour le médecin ? » — CNOM