Par Dr Anouar Erradi Médecin généraliste, médecin agréé permis de conduire · Mis à jour le

Cancer, chimiothérapie et permis de conduire

Cet article fait partie de notre vue d'ensemble des pathologies évaluées lors de la visite médicale du permis. Selon la localisation et le retentissement, un cancer peut relever de plusieurs classes (notamment IV neurologique ou VI métabolique).

Un diagnostic de cancer ne fait pas perdre automatiquement le permis de conduire. La plupart des personnes traitées continuent à conduire. Mais certains traitements (chimiothérapie, radiothérapie cérébrale, immunothérapie) et certains effets de la maladie peuvent altérer temporairement la vigilance ou la coordination, et justifier une vigilance particulière, voire un arrêt temporaire de la conduite.

Ce que dit la réglementation

L'arrêté du 28 mars 2022 ne consacre pas une section spécifique au cancer en tant que tel, car les implications dépendent du type, du stade et des traitements. La règle générale s'applique :

Nul ne peut prendre la route s'il n'est pas en état de conduire, du fait de sa pathologie, de son traitement médical.

Concrètement :

Symptômes et effets pouvant gêner la conduite

Fatigue oncologique

C'est l'effet le plus fréquent et souvent sous-estimé. La fatigue liée au cancer ou aux traitements ne se résout pas avec le sommeil. Elle peut affecter :

Conseil : évitez les trajets longs, programmez des pauses, privilégiez vos heures de meilleure forme.

Chimiothérapie

Les effets varient selon les molécules :

Une pause de quelques heures à quelques jours est souvent prudente après chaque cure, le temps que les effets aigus passent.

Radiothérapie

Immunothérapie et thérapies ciblées

Ces traitements peuvent provoquer des effets secondaires variés (asthénie, neurotoxicité, troubles thyroïdiens, parfois neurologiques) à surveiller pour la conduite. Suivez les recommandations de votre oncologue.

Médicaments associés

Beaucoup de traitements associés au cancer affectent la vigilance :

Voir notre article Médicaments et conduite.

Cas particulier : tumeur cérébrale et métastases cérébrales

Une tumeur cérébrale primitive ou des métastases cérébrales relèvent de la Classe IV (neurologie) et imposent :

En cas de crise d'épilepsie liée à la tumeur, les règles de l'épilepsie s'appliquent (voir Conduite et épilepsie).

Que faire en pratique ?

Pendant le traitement

  1. Évaluez honnêtement votre état avant chaque trajet : fatigue, nausées, troubles sensitifs ?
  2. Demandez à votre oncologue s'il existe une contre-indication temporaire à la conduite liée à votre traitement.
  3. Évitez la conduite dans les heures qui suivent une cure de chimiothérapie ou une perfusion (effets souvent maximaux 2 à 6 heures après).
  4. Faites-vous accompagner si possible pour les déplacements liés aux soins (hôpital, centres de chimiothérapie).

En cas de doute sur l'aptitude

Consultez un médecin agréé par la préfecture, surtout si :

En rémission

Une fois en rémission, sans séquelle fonctionnelle, vous n'avez généralement pas de démarche particulière à effectuer. Pour les conducteurs professionnels (groupe 2), une visite d'aptitude peut être exigée à la reprise du travail, en lien avec la médecine du travail.

Et l'assurance ?

Votre contrat d'assurance auto ne vous oblige pas à déclarer un cancer. En revanche, en cas d'accident, l'assureur peut interroger sur les traitements en cours et leur compatibilité avec la conduite. Si vous conduisez sous un traitement contre-indiqué pour la conduite, vous pouvez voir votre garantie réduite.

Soutien et accompagnement

La conduite est souvent un sujet difficile à aborder pendant le parcours de soins : elle touche à l'autonomie, au maintien de l'activité professionnelle, aux trajets vers les soins. N'hésitez pas à en parler avec :


En résumé

Situation Conduite
Cancer sans traitement actif, sans séquelles Compatible
Chimio en cours, sans effets gênants Compatible, prudence post-cure
Antalgiques opioïdes, anxiolytiques Suspendre selon avis médical
Tumeur/métastase cérébrale Avis médecin agréé obligatoire
Fatigue oncologique sévère Auto-évaluation, trajets courts
Cancer en rémission, sans séquelles Compatible, pas de démarche particulière

Pour aller plus loin


Sources